25/06/2010

Wayne Barrow, Bloodsilver

C'est quoi?

En lisant la quatrième de couverture (qui n'a rien a voir avec le résume ci-dessous), je m'attendais à un roman d'aventures; j'ai eu droit à une uchronie, genre dans lequel je ne m'étais jamais aventurée. Heureusement, une bonne uchronie : et si, à la fin du XVII° siècle, des vampires venus de la vieille Europe avaient débarqué sur la côte américaine? Et si tout le monde était au courant?

En deux mots :

En 1607, la colonisation de l'Amérique du Nord commence.
En 1620, les pionniers du Mayflower débarquent.
En 1691, l'Asviste s'échoue près de l'île de Manhattan. A son bord, les derniers vampires venus d'Europe de l'Est.
En 1692, la chasse aux sorcières commence à Salem.  Les vampires organisent le Convoi. Le révérend Mather crée la Confrérie des Chasseurs.
L'auteur réécrit l'Histoire de la conquête de l'Ouest. On retrouve toutes les figures légendaires, de Billy the Kid aux Daltons en passant par Mark Twain, à différentes époques, avec une différence notoire : les cow boys ne combattent plus seulement les indiens, la Guerre de Sécession n'aura pas lieu, l'Europe leur tourne le dos, la révolution industrielle disparaît des tablettes. Les villes se créent et disparaissent au rythme du convoi et du Québec au Mexique, on combat les vampires ou au contraire on crée avec eux des alliances improbables autour de mines d'argent.

Mon avis

Je n'ai pas remarqué d'anachronisme flagrant; il ne me semble pas que le terme vampire apparaisse même une seule fois. Barrow a rassemblé toutes les légendes sur le vampirisme : Broucolaques, Striges, non-morts, Suceux, El Chupacabra. Dans le roman, ils sont appelés Brookes.
Tout le roman est écrit du point de vue des américains, ce qui permet de comprendre - sans réussir à l'excuser - leur peur du Convoi et rappelle surtout que les grandes figures de la conquête de l'Ouest ne sont pas des personnages romantiques mais des assassins dont le seul but, dans ce roman, est de tuer des Brookes. Il pourrait être manichéen mais évite le piège : on voit l'obsession de tuer des Chasseurs, leurs œillères, ils ne sont pas des héros et certains vampires sont plus positifs que les narrateurs. Au final, on se demande qui est le monstre dans l'histoire.

Je ne connais rien à l'histoire américaine, alors impossible pour moi de démêler la réalité de la fiction, mais ça ne m'a pas gênée outre mesure. En tout cas, pas par ça. Parce que ce n'est pas une lecture évidente : Barrow n'a pas omis que l'histoire américaine s'était construite dans le sang, qu'elle était teintée de racisme et de violence; certaines scènes touchent même à l'insoutenable.
J'aurais aimé que les motivations des vampires soient mieux expliquées (ou c'est que je suis passée à côté), certains chapitres semblent être là pour remplir des pages blanches, le rythme est décousu ce qui lasse assez vite : on passe d'une scène de combat rythmée à un long chapitre dans lequel il ne se passe presque rien. De ce point de vue, le roman est assez inégal, même si on finit par comprendre la présence de ces longues transitions : certains narrateurs deviennent des personnages récurrents ou des clés de voute de certains pans de la psychologie des personnages.

Au final, j'ai eu du mal à voir où voulait en venir Barrow et ai été à deux doigts de reposer le roman. Heureusement pour moi je me suis retenue; ceci dit, je ne le conseille pas à ceux qui ont l'estomac fragile.

Une note?
7/10

17/06/2010

Philippe Besson, Un instant d'abandon

C'est quoi? 
Philippe Besson fait partie des rares écrivains français contemporains que je suis. En fait, des deux écrivains français que je lis : il y a lui et Sophie Chauveau. Pourtant il me laisse à chaque fois une sensation d'inachevé, ici plus que dans ses précédents romans.

En deux mots :
Thomas Sheppard sort de prison et revient à Falmouth, la ville où il est né, où il a grandi et où il retourne parce qu'il n'a nulle part où aller, même s'il n'est pas le bienvenu. Il reprend sa vie, mis à la marge de la ville - une petite ville où tout le monde sait qui est son voisin - et rencontre d'autres "écartés" à qui il confie son histoire. Son enfance à Falmouth, son crime, la prison. Il n'y pourtant pas de pardon possible, pas de retour en arrière; il n'est revenu que pour se souvenir et attendre.

Mon avis
J'ai tendance à chercher chez philippe Besson une dimension que ses livres n'ont pas. Ici, on est face à un roman sur le retour, l'isolement, la mentalité des petites communautés, mais il ne fait qu'effleurer tous ces thèmespour se concentrer sur son premier sujet : le portrait d'un prisonnier qui revient au bercail. On connait tous les détails de sa vie, racontés à travers les confessions de Thomas, mais j'ai eu l'impression de rester à la surface, de ne jamais réellement approcher des véritables intentions du personnage.
Il multiplie les clichés sur la perte de soi, case (encore une fois) une histoire d'amour fulgurante qui - pour une fois - ne prend pas toute la place, et le détachement de l'écriture qui m'avait d'abord attirée m'a profondément agacée. Il y a une raison logique pour ça, un personnage fatigué de ce que la société lui a fait subir qui se contente de faire l'inventaire de ce qui l'a mené où il est, mais justement, cette fois c'était peut-être trop présent. Ce qui jusque là me semblait fluide est devenu la preuve trop évidente du travail d'écriture et voir la formule m'énerve, le style m'a paru plat. C'est comme quand on connait le truc de l'hypnotiseur, on arrive pas à entrer dans le numéro et au final, on sort à moitié déçu.
Pourtant j'ai presque tout lu de Philippe Besson, il fait partie des auteurs dont je suis l'actualité depuis qu'Un garçon d'Italie et En l'absence des hommes m'ont soufflée; là rien à faire, je ne suis pas entrée dedans. La preuve, je ne l'ai pas lu d'une traite, contrairement aux autres.

Tout n'est pas à jeter, bien sûr. Je n'ai pas été émue aux larmes (le but affiché du roman) mais il reste de très beaux passages, de purs moments de poésie concentrés à la fin du roman. Après tout, si je continue à le lire, c'est parce que je sais que Philippe Besson touche toujours juste quand il s'agit des relations humaines et de la mesquinerie sourde de ce qui nous entoure.


Une note? 6/10

13/06/2010

Claude Cariguel, S.

C'est quoi?
Ce livre, paru en 1953, vaut à son auteur le prix des Deux-Magots et fait scandale à sa sortie. Ce que j'ignorais totalement au moment où je l'ai trouvé : sa tête de vieux roman trop relu et sa couverture, un simple S. majuscule, m'ont attirée. Il était en si mauvais état (et l'est toujours) que le bouquiniste chez qui je l'ai trouvé ne me l'a même pas fait payer sous prétexte qu'il ne se permettrait pas de me vendre un livre retenu par un élastique; autant dire que je ne m'attendais à rien de particulier en le commencant.


En deux mots
Un roman difficile à résumer sans lui faire perdre sa valeur. On est à la fin des années 40, peut-être au début des années 50 et Claude (pas de nom de famille, on ne connait que les prénoms dans ce roman) quitte le collège religieux de Salvère pour passer son bac de philo à Lausanne. Là il rencontre Alfonso, qu'il surnomme S., fascinant de culture et de mystères, et se retrouve dans une faune cosmopolite et polyglotte qui parle français, s'insulte en arabe, se dispute en anglais et se réconcilie sur un air de jazz. Au lieu de grands penseurs il découvre avec eux la débauche, l'amour, la fascination et la désespérance dans laquelle il suit le modèle de S. Jusqu'au drame qui le renverra à Paris, à Salvères, à d'autres amours pour exorciser tout ce que Lausanne lui aura appris.

Mon avis
Je ne m'attendais à rien, mais pas à ça. Le spleen tranquille de la jeunesse oisive, la bohème étudiante dépeinte dans ce qu'elle a d'à la fois glauque et poétique, le monde de Claude qui peu à peu perd tout son sens et ses certitudes qui volent en éclat. C'est un roman qui parle de la fin de l'adolescence, de ce moment où on devient adulte sans s'en apercevoir, de deuils, d'amours ratés. Claude est un adolescent : il n'a que 17 ans au début du roman qui nous raconte un an de sa vie. Toutes ses émotions sont exacerbées, ses passions violentes, il cherche un amour absolu mais ne réalise pas encore que ce qu'il fait et ce qu'il dit a des conséquences, comme un enfant.

J'ai aimé la façon qu'a l'auteur de distiller ses informations au compte-goutte. Il sous-entend, effleure l'idée, laisse le lecteur deviner pour, cent pages plus loin, quand on s'est pris deux ou trois claques, y revenir et confirmer ou infirmer tout ce qu'on a pu penser comprendre. La langue est particulièrement maîtrisée et le ton volontairement laconique sonne juste, comme s'il s'agissait d'un reportage sur la vie d'un jeune parisien désargenté. L'auteur nous fait tout voir du point de vue de Claude qui regarde le monde avec de plus en plus de détachement, mais en nous glissant des informations qui nous permettent de comprendre mieux que lui ce qui lui arrive - au point de donner envie de le gifler par moment. 

On peut se laisser dérouter par les associations d'idée, les rêveries de Claude qui a une imagination très fertile, ses jugements à l'emporte-pièce que ceux qui l'entourent et les dialogues tout en sous-entendus qui passent du coq à l'âne - comme une vrai conversation, dans laquelle on a pas besoin de finir une phrase pour se faire comprendre - mais l'ensemble est cohérent et toutes les zones d'ombre finissent par s'éclairer.

Des personnages attachants, une écriture superbe, un rythme et une ambiance lents qui font tomber peu à peu dans le désespoir morne dans lequel ils se complaisent : je recommanderais bien ce livre, s'il était toujours édité. Mais si en fouinant dans un bac de livres à 20 centimes vous tombez dessus, n'hésitez pas. D'autant plus si vous le trouvez avec ses suites, Hollywood et Les enragés

Une note ?
10/10.

12/06/2010

Pour commencer...

Au mois de décembre 2008, le 15 très précisément, j'ai réalisé qu'à force de trainer dans le rayon librairie de mon Emmaüs préféré, copiner avec les bouquinistes et me perdre dans les librairies d'occasion, j'avais commencé à cumuler un certain stock de livres à lire qui - à l'époque- occupaient quatre bibliothèques.
J'ai donc fait la liste de tous les romans achetés récemment, me jurant solennellement de ne plus en acheter tant que je ne les aurais pas tous lus. La liste comptait à l'époque 42 titres à lire en priorité - en plus de ceux que je devais lire pour mes cours de littérature.

Nous sommes en juin 2010. Je commence ce blog, ma liste compte 162 titres, j'ai en tout une dizaine de bibliothèques plus ou moins branlantes et très remplies dans ma chambre, des piles de livres dans tous les coins, un coffre rempli et des romans dans cinq langues différentes. J'ai donc largement de quoi alimenter ce blog pour les années à venir.

A quoi s'attendre? A de la littérature des années 50, parce que je peux rester littéralement des heures le nez dans la poussière des vieux bouquins et que bouquiniste est, à mon avis, le plus beau métier du monde. A de la S.F., mais pas trop. A de la littérature scandinave. A de la Fantasy. A des livres épuisés, rares, complètement oubliés mais qui méritent leur place sur toute bibliothèque qui se respecte. Pas forcément à beaucoup de littérature française. Et surtout pas à des posts réguliers